09/02/2026
Corps et Graphies est un collectif d’éducation populaire artistique né du constat que la progression des idéologies d’extrême droite ne se joue pas que sur le terrain rhétorique mais aussi — et peut‑être surtout — dans le champ émotionnel, symbolique et imaginaire.De nombreuses enquêtes en sciences sociales et en psychologie politique montrent que les arguments rationnels, factuels ou logiques sont largement neutralisés lorsqu’ils entrent en concurrence avec des récits mobilisant la peur, la nostalgie ou l’indignation. Les discours d’extrême droite opèrent précisément sur ce terrain : ils rendent invisibles les raisonnements complexes en saturant l’espace public d’affects et de symbole
Face à ce constat, Corps et Graphies fait le choix stratégique de construire un contre‑poids affectif . Le collectif mobilise les corps, les pratiques artistiques et des moments historiques faisant autorité pour réinscrire des récits politiques dans une expérience sensible partagée. La danse, le chant et la fête sont ici pensés comme des outils politiques : ils permettent d’engager des personnes qui ne se sentiraient pas concernées par le débat politique, ou qui s’en sont éloignées par lassitude, rejet ou sentiment d’illégitimité. Cette mise en mouvement passe par la joie — au sens spinoziste — entendue comme une augmentation de la puissance d’agir collective.Le collectif fait le choix de montrer que de nombreux patrimoines culturels (dansés, chantés, mais aussi culinaires ou festifs) sont issus de circulations, de migrations, de métissages et de résistances. Cette approche permet de déconstruire une vision ethno‑différentialiste et essentialiste de la culture. Il permet aussi d'expliquer de manière ludique à travers les exemples du cakewalk, d'Elvis Presley ou meme du Charlie and His Orchestra comment et pourquoi ont lieu des phénomène d'appropriation culturelle
Les pratiques mobilisées par Corps et Graphies dans l’un de ses 3 ateliers appellé “danses rebelles” sont issues de contextes de résistances noires, queer, féministes ou populaires, le collectif considère l’appropriation culturelle, de genre ou de classe comme un risque structurel à la tenue de cet atelier et à ce titre à tenu à mettre en place plusieurs actions
Personne ne se rémunère au sein du collectif sur les ateliers bénévoles. Lorsque des formats sont rémunérés (institutions, programmations disposant de moyens), l’opportunité est systématiquement donnée pour que la rémunération des personnes aille aux concernées et impliquées de longue date dans les cultures mobilisées.
Cette politique ne repose pas cependant sur une assignation essentialiste entre une pratique et une origine, un genre ou une identité, mais sur l’implication réelle, durable et communautaire dans un milieu culturel donné. Elle reconnaît le travail souvent invisible de maintien, de transmission et de politisation culturelle réalisé par des personnes qui ne sont pas nécessairement des artistes reconnu·es ou des figures médiatiques.
Chaque pratique abordée fait l’objet d’un travail d’enquête: histoire d’émergence, contextes politiques, rapports de domination, usages contemporains. Le collectif s’appuie sur une bibliographie partagée et une base de ressources (articles, podcasts, entretiens, œuvres) accessibles aux participant·es.
Les ateliers incluent systématiquement des renvois vers :
des cours ouverts au public ;
des lieux de pratiques existants ;
des soirées, bals ou espaces communautaires lorsque ceux‑ci sont explicitement ouverts aux novices ;
des productions culturelles permettant d’entendre directement la parole des personnes concernées.
Corps et Graphies situe explicitement son travail comme un survol introductif. Les ateliers ne prétendent ni à l’exhaustivité, ni à la maîtrise, ni à la légitimité experte. Cette posture est formulée au conditionnel, en situant clairement qui parle, depuis quel endroit, et avec quelles limites.
L’objectif est de fournir suffisamment d’éléments pour permettre une compréhension contextualisée et susciter de l’empathie, sans jamais se substituer aux espaces de transmission communautaires.
Rendre visibles des pratiques issues de résistances minoritaires comporte des effets de bord identifiés : gentrification culturelle, afflux massif de publics non concernés, voyeurisme politique ou mise en danger des communautés.
La gentrification culturelle survient lorsque des pratiques issues de milieux populaires ou marginalisés sont extraites de leurs conditions sociales et politiques pour devenir des objets esthétiques valorisés par des publics dominants.
Pour en limiter les effets, Corps et Graphies :
refuse toute dépolitisation des pratiques mobilisées ;
rappelle systématiquement leurs conditions d’émergence ;
encourage le soutien aux collectifs, leurs campagnes et lieux existants
Les réflexions portées par le collectif Noyaux Durs, notamment dans leur intervention vidéo sur les effets de diffusion culturelle, nourrissent cette vigilance et orientent la construction de parcours d’allié·es responsables plutôt que de consommateur·ices de culture radicale.
Rendre visibles des danses politiques peut entraîner un afflux de personnes vers des communautés qui n’ont ni le désir ni la capacité d’acculturer massivement des publics extérieurs. Cela peut produire des situations de voyeurisme, d’épuisement ou de déformation des pratiques.
Le collectif agit ici par :
La mise à distance explicite : les ateliers ne sont pas des invitations à « entrer » dans les communautés, mais à comprendre leur histoire.
Le refus de désigner des communautés comme objets d’observation ou de fascination.
La responsabilisation des participant·es sur leurs postures, attentes et projections.
Dans certains contextes, rendre visible le caractère politique de pratiques queer ou racisées peut exposer des personnes ou des groupes à des violences ciblées.
Corps et Graphies prend ce risque au sérieux, mais considère qu’il doit être mis en regard d’un danger bien plus grand : l’arrivée au pouvoir de forces politiques qui menacent directement la survie culturelle, juridique et physique de ces communautés. NOus travaillons actuellement à trouver la posture qui nous semblerait la plus appropriées via des entretiens
Les risques d’appropriation, de gentrification ou de maladresse existent et sont pris au sérieux par Corps et Graphies. Des politiques concrètes ont été mises en place pour les limiter, tout en restant ouvertes à la critique et à l’évolution des formats via des processus humain et digitaux
Cependant, ces risques doivent être mis en perspective avec un danger bien plus important : l’arrivée au pouvoir de forces d’extrême droite, dont les effets sur les cultures minoritaires sont documentés — violences accrues, invisibilisation, censure, expulsions et mises en danger physiques des personnes qui portent ces pratiques.
Dans cette logique, Corps et Graphies fait le choix stratégique de l’information, de la sensibilisation et de la mise en mouvement de personnes susceptibles de devenir des allié·es. Cette stratégie (questionable) s’appuie sur une démarche de recherche‑action : des questionnaires, des retours de terrain et des adaptations de formats permettent d’évaluer les effets réels des ateliers.
L’hypothèse centrale est qu’aider à comprendre les mécanismes et participer à la légitimation des figures d’autorité artistiques peut favoriser des postures de solidarité et à minima de soutien plutot que de l’ignorance, de la paralysie ( je n’ose rien dire car non concerné), ou d’une inutile pénitence, 3 postures qui selon nous bénéficie à entériner les dynamiques actuelles de polarisation et de fascisation de la société . L’objectif n’est pas que tout le monde pratique, mais que davantage de personnes comprennent ce qui est en jeu et soient prêtes à se positionner en soutien lorsque des attaques politiques surviendront.
05/02/2026
À la suite de la première enquête sur l'impact de l'extrême droite sur la culture, nous souhaitons désormais comprendre de manière plus détaillée les perceptions du danger, les situations rencontrées et les solutions mises en œuvre ou envisagées dans le milieu artistique. Cette enquête se construira en trois étapes : une série d'interviews en ligne, un questionnaire quantitatif, et enfin une rencontre pour partager les résultats et co-construire des actions concrètes.
Chez Corps et Graphies, nous croyons fermement que l’histoire, en particulier l'histoire collective mise en mouvement, peut éclairer les luttes d’aujourd’hui et de demain. À travers cette démarche, nous souhaitons apporter du lien, de la visibilité et des solutions concrètes à celles et ceux qui se sentent isolés face à des défis complexes.
Les interviews avec des professionnels
Le premier volet de cette enquête consiste en des interviews qualitatives réalisées avec des artistes et des professionnels de la culture, tels que des professeurs et des intermittents. L’objectif est de documenter des situations concrètes : interdictions, pressions, intimidations, tentatives de récupération idéologique, pertes de lieux, etc. Ces témoignages, souvent isolés, seront partagés afin de donner une voix à ceux qui se sentent parfois invisibles.
Le questionnaire quantitatif
La deuxième étape sera un sondage plus large, qui touchera environ 100 professionnels du secteur artistique. Ce questionnaire permettra de recueillir des données plus représentatives et de mieux comprendre l’étendue des perceptions et des situations vécues à travers la France.
La rencontre entre professionnels
Enfin, nous organiserons une rencontre pour permettre aux participants de l'enquête de partager leurs expériences, d'échanger des solutions et de travailler collectivement dans un espace sécurisé. Cette rencontre se veut avant tout un lieu d'entraide et de solidarité. Elle pourra se dérouler en présentiel ou en ligne, selon les contraintes sanitaires et les préférences des participants.
À l’issue de cette enquête, nous produirons un livret à destination des professionnels des arts et de l’éducation artistique. Ce guide pratique proposera des outils concrets pour :
Réagir face à des propos ou comportements problématiques dans un cours ou un espace public.
Lutter contre le cyber-harcèlement.
Éviter les formes de récupération ou de "blanchiment" politique.
Se protéger collectivement en cas de menaces.
L’objectif est de fournir des solutions pragmatiques et accessibles, afin d’éviter toute posture héroïque et de se concentrer sur des actions réalisables et soutenues par des ressources collectives.
Nos hypothèses sont les suivantes :
Beaucoup de professionnels, artistes et enseignants, se trouvent isolés dans des situations complexes, mais n’osent pas les partager, pensant être les seuls à les vivre.
Certains pensent que ces menaces ne peuvent pas les atteindre en France, et que cela ne concerne que les autres, mais pas eux.
D’autres ont déjà commencé à se mobiliser et ont proposé des pistes concrètes d’action, mais se sentent incapables d’agir seuls.
Nous, à Corps et Graphies, souhaitons briser cet isolement et offrir des moyens de résistance collective. En publiant cette enquête, nous mettrons en lumière les actions déjà mises en place et ouvrirons la voie à d’autres initiatives. Ce sera l’occasion de donner plus de visibilité à ce qui peut être fait pour défendre la culture et la liberté d’expression artistique.
Si vous êtes un professionnel de la culture, un artiste ou un enseignant, nous vous invitons à participer à cette enquête.
Vous pouvez
Pour cela, il vous suffit de nous contacter à l'adresse suivante : camillepertuis@riseup.net
Les résultats de cette enquête serviront de base pour des actions concrètes et des outils pratiques que nous partagerons avec vous pour vous soutenir dans la défense de vos droits et de vos pratiques artistiques. Ensemble, faisons entendre notre voix et construisons une culture libre et inclusive.
EN RÉSUMÉ
Rester informé des suites de cette enquête :
N’hésitez pas à partager cette enquête avec vos réseaux en relayant notre post insta !
31/01/2026
18/06/2024