Presse Article
Le BaileFunk sauce Bianca

09/04/2026

Le BaileFunk sauce Bianca

 

 

Le baile funk est à la fois une forme de fête populaire et un genre musical né dans les favelas de Rio de Janeiro. Pour ses habitants, il constitue un espace de liberté, d’expression et de sociabilité, en réponse à la violence sociale et à la marginalisation.

Il combine des traditions afro-américaines et afro-brésiliennes et s’inscrit dans le vaste ensemble des musiques issues du hip-hop, tout en intégrant des influences marquées de l’électro, du freestyle latin et de la Miami bass. À ces références s’ajoute un ensemble d’éléments empruntés à la culture populaire brésilienne - musicaux, vocaux et chorégraphiques - comme la samba, le pop-rock, les chants de stade, le maculelê ou encore la capoeira.

 

Définition et point de vue des favelas

Pour les favelados, le baile funk est avant tout une fête de quartier, organisée en plein air ou dans des clubs rudimentaires, où la communauté se retrouve pour danser, flirter, écouter les MCs et, le temps d’une nuit, oublier le poids du quotidien.

Il fonctionne comme un véritable mégaphone des périphéries : les paroles racontent la vie dans les morros, les relations amoureuses, les rapports avec la police, la violence, mais aussi la fierté et la joie d’appartenir à la favela.

Ces soirées représentent des espaces rares où les jeunes noirs et métis issus des classes populaires, souvent exclus des lieux de loisirs dominants, peuvent occuper l’espace public, affirmer leurs corps, leurs styles et leur langage sans se sentir illégitimes.

 

Historique vu « d’en bas »

Les premiers bailes apparaissent au début des années 1970, lorsque des sound systems comme Soul Grand Prix diffusent de la soul et du funk nord-américains auprès de la jeunesse afro-brésilienne de Rio.

Du point de vue des habitants, ces événements marquent l’arrivée, jusque dans les « morros » (littéralement « collines », là où se sont construites les favelas), d’une musique noire internationale porteuse de fierté raciale, notamment à travers le mouvement Black Rio, qui politise une partie de cette jeunesse.

Dans les années 1980, l’essor de la radio FM et la circulation de sons électroniques importés des États-Unis (electro, Miami bass) poussent les DJs des favelas à créer un style local - le funk carioca - adapté à la langue portugaise et aux réalités sociales locales.

Dans les années 1990, les bailes prennent une ampleur massive. Souvent encadrés ou tolérés par des groupes criminels, ils rassemblent des milliers de jeunes et renforcent le sentiment d’une culture propre, visible et puissante.

À partir des années 2000, le funk sort progressivement des favelas pour atteindre les clubs des quartiers aisés et les médias nationaux, suscitant à la fois appropriation commerciale et stigmatisation morale. Malgré cela, les habitants continuent de le revendiquer comme un droit à la fête et à la parole.

 

Transformations contemporaines

Ces dernières années, le baile funk a connu de profondes mutations. Né à Rio, il s’est diffusé dans tout le Brésil en se transformant selon les contextes locaux.

À São Paulo, une nouvelle génération portée par les réseaux sociaux (notamment SoundCloud et YouTube) développe un son plus brut et expérimental, donnant naissance à des variantes comme le mandelão et la bruxaria (sorcellerie).

Dans l’État de Minas Gerais, un style plus minimaliste et sombre émerge. Ailleurs, on observe l’essor du brega funk dans le Nordeste, de l’eletrofunk dans le Centre-Ouest ou encore du mega funk dans le Sud.

À Rio de Janeiro, la fin des années 2010 est marquée par l’explosion du funk 150 BPM, caractérisé par une accélération du tempo et une intensification des rythmes, qui transforment radicalement les dynamiques de danse et d’écoute. Cette évolution s’accompagne d’une influence croissante du trap et du drill américains, perceptible dans les productions plus sombres, les basses plus lourdes et l’esthétique sonore plus agressive adoptée par une partie de la nouvelle génération d’artistes.

 

Dimensions socio-économiques

Les bailes se développent dans un contexte de pauvreté urbaine structurelle, marqué par la ségrégation spatiale, le manque de services publics et la violence armée. Pour beaucoup de jeunes, ils constituent l’un des rares loisirs accessibles.

Pour beaucoup de favelados, le baile funk est un exutoire : les frustrations quotidiennes y sont transformées en danse, en drague, en ostentation de vêtements et de bijoux, souvent bon marché mais portés comme symboles de réussite et de dignité.

Sur le plan économique, le baile génère aussi un micro‑marché : vendeurs ambulants, DJ, MC, organisateurs, techniciens de son et de lumière tirent des revenus d’une activité qui reste majoritairement informelle et souvent criminalisée par les autorités.
Du point de vue des habitants, cette économie parallèle n’est pas seulement un « business » illégal, mais un des rares circuits où la favela produit et contrôle elle-même une partie de la valeur culturelle et financière qu’elle génère.

 

Dimensions culturelles et politiques

Dans les récits des favelados, le baile apparaît comme une forme d’utopie temporaire : un moment où les rapports sociaux sont suspendus et où il devient possible de se sentir au-dessus de la misère, de reconfigurer le rapport au corps et au territoire, de vivre quelques heures dans un monde perçu comme plus juste et joyeux.

Les paroles oscillent entre hédonisme, chronique sociale, récits de violence, glorification du crime ou critique implicite de l’État, faisant du funk une sorte de journal oral de la favela.

Sur le plan identitaire, il renforce une conscience collective noire et populaire, souvent stigmatisée, mais consciente de sa puissance créative et de son rayonnement international.

 

Funk et héritage de la samba

On ne peut comprendre le funk sans le relier à la samba. Apparue dans la période qui a suivi immédiatement l’abolition de l’esclavage au Brésil en 1888, elle était étroitement associée à la population noire marginalisée. Des milliers de Noirs affranchis ont construit leurs maisons en dehors des villes, dans ce qui allait devenir les favelas, et la samba est issue de ces communautés. 

Comme le funk, la samba a d’abord été rejetée par les élites blanches. Les deux genres partagent des dynamiques communes : une expression de la révolte sociale, parfois une proximité avec les récits du crime, mais aussi une aspiration à la mobilité sociale par la musique.

Ils incarnent, chacun à leur époque, une tentative d’intégration et de reconnaissance dans une société profondément inégalitaire.

 

Controverses et politiques publiques

Les bailes funk font l’objet de politiques répressives récurrentes : interdictions de fêtes, opérations policières dans les favelas, tentatives de criminalisation du funk au nom de la moralité ou de la sécurité publique.
Les favelados interprètent souvent ces mesures comme une prolongation de la ségrégation urbaine, dans laquelle leur droit à la fête, à la rue et au bruit est considéré comme illégitime, contrairement aux événements des quartiers riches.

En parallèle, certains projets culturels et ONG tentent de reconnaître le funk comme patrimoine et outil d’inclusion, en soutenant des ateliers de DJ, d’écriture ou de danse qui transforment la pratique du baile en ressource éducative et professionnelle.
Cette tension entre répression et valorisation reflète, du point de vue des habitants, le paradoxe central du baile funk : symbole de la fierté des favelas, mais aussi cible constante de stigmatisation sociale et institutionnelle.

 

Baile funk et appropriation culturelle

De Rio de Janeiro et São Paulo au reste du monde, le baile funk est aujourd’hui au sommet de son influence. Ce rythme contagieux, inscrit dans une vaste palette de mutations et de dérivés, résonne sur les pistes de danse comme dans les téléphones, des tendances « Brasilcore » sur TikTok aux remixes diffusés en continu sur SoundCloud.

Le genre s’est imposé dans les clubs de Londres, Paris et Berlin, influençant des artistes comme Madonna, Drake, Diplo ou Björk, souvent sans que son histoire, ses racines sociales et sa dimension politique soient reconnues. Lorsque l’esthétique circule sans son contexte, elle devient un produit à consommer, vidé des luttes qui l’ont fait naître.

Cette appropriation est d’autant plus frappante qu’elle coexiste avec une répression persistante au Brésil : en 2025, des projets de loi visent à exclure les artistes de funk des scènes publiques, tandis que les bailes sont de plus en plus restreints, leur nombre à Rio étant passé en une décennie de plusieurs dizaines à seulement quelques événements hebdomadaires sous l’effet de la pression politique et policière.

Dans le même temps, les soirées baile funk en Europe et en Amérique du Nord attirent des publics majoritairement blancs et aisés, souvent organisées sans réelle inclusion des artistes ou des communautés d’origine, ni redistribution des bénéfices. Le paradoxe est clair : une culture stigmatisée au Brésil en raison de son ancrage noir et populaire est reconditionnée comme tendance ailleurs, une fois détachée de son contexte.

Les communautés qui ont créé ce son en supportent ainsi les coûts - répression, marginalisation, précarité - tandis que d’autres en tirent visibilité et profits.

Face à cela, des militantes comme Gabriela Vallim, fondatrice de Baile Funk Culture à Londres, appellent à une appropriation responsable : s’approprier le baile funk implique aussi d’en reconnaître l’histoire, les racines et les enjeux politiques. Sans cette reconnaissance, sa diffusion mondiale prolonge des logiques d’exploitation culturelle des populations noires et marginalisées.

Contre l'appropriation culturelle

08/02/2026

Contre l'appropriation culturelle

1. Raison d’être de Corps et Graphies et effets recherchés dans la lutte contre l’extrême droite

Corps et Graphies est un collectif d’éducation populaire artistique né du constat que la progression des idéologies d’extrême droite ne se joue pas que sur le terrain rhétorique mais aussi — et peut‑être surtout — dans le champ émotionnel, symbolique et imaginaire.De nombreuses enquêtes en sciences sociales et en psychologie politique montrent que les arguments rationnels, factuels ou logiques sont largement neutralisés lorsqu’ils entrent en concurrence avec des récits mobilisant la peur, la nostalgie ou l’indignation. Les discours d’extrême droite opèrent précisément sur ce terrain : ils rendent invisibles les raisonnements complexes en saturant l’espace public d’affects et de symbole

Face à ce constat, Corps et Graphies fait le choix stratégique de construire un contre‑poids affectif . Le collectif mobilise les corps, les pratiques artistiques et des moments historiques faisant autorité pour réinscrire des récits politiques dans une expérience sensible partagée. La danse, le chant et la fête sont ici pensés comme des outils politiques : ils permettent d’engager des personnes qui ne se sentiraient pas concernées par le débat politique, ou qui s’en sont éloignées par lassitude, rejet ou sentiment d’illégitimité. Cette mise en mouvement passe par la joie — au sens spinoziste — entendue comme une augmentation de la puissance d’agir collective.Le collectif fait le choix de montrer que de nombreux patrimoines culturels (dansés, chantés, mais aussi culinaires ou festifs) sont issus de circulations, de migrations, de métissages et de résistances. Cette approche permet de déconstruire une vision ethno‑différentialiste et essentialiste de la culture. Il permet aussi d'expliquer de manière ludique à travers les exemples du cakewalk, d'Elvis Presley ou meme du Charlie and His Orchestra comment et pourquoi ont lieu des phénomène d'appropriation culturelle

2. Éviter l’appropriation culturelle : principes, pratiques et garde‑fous

Les pratiques mobilisées par Corps et Graphies dans l’un de ses 3 ateliers appellé “danses rebelles”  sont issues de contextes de résistances noires, queer, féministes ou populaires, le collectif considère l’appropriation culturelle, de genre ou de classe comme un risque structurel à la tenue de cet atelier et à ce titre à tenu à mettre en place plusieurs actions

a. Une politique économique et symbolique explicite

Personne ne se rémunère au sein du collectif sur les ateliers bénévoles. Lorsque des formats sont rémunérés (institutions, programmations disposant de moyens), l’opportunité est systématiquement  donnée pour que la rémunération des personnes aille aux concernées et impliquées de longue date dans les cultures mobilisées.

Cette politique ne repose pas cependant sur une assignation essentialiste entre une pratique et une origine, un genre ou une identité, mais sur l’implication réelle, durable et communautaire dans un milieu culturel donné. Elle reconnaît le travail souvent invisible de maintien, de transmission et de politisation culturelle réalisé par des personnes qui ne sont pas nécessairement des artistes reconnu·es ou des figures médiatiques.

b. Enquête, contextualisation et renvoi systématique

Chaque pratique abordée fait l’objet d’un travail d’enquête: histoire d’émergence, contextes politiques, rapports de domination, usages contemporains. Le collectif s’appuie sur une bibliographie partagée et une base de ressources (articles, podcasts, entretiens, œuvres) accessibles aux participant·es.

Les ateliers incluent systématiquement des renvois vers :

  • des cours ouverts au public ;

  • des lieux de pratiques existants ;

  • des soirées, bals ou espaces communautaires lorsque ceux‑ci sont explicitement ouverts aux novices  ;

  • des productions culturelles permettant d’entendre directement la parole des personnes concernées.

c. Une posture assumée d’initiation

Corps et Graphies situe explicitement son travail comme un survol introductif. Les ateliers ne prétendent ni à l’exhaustivité, ni à la maîtrise, ni à la légitimité experte. Cette posture est formulée au conditionnel, en situant clairement qui parle, depuis quel endroit, et avec quelles limites.

L’objectif est de fournir suffisamment d’éléments pour permettre une compréhension contextualisée et susciter de l’empathie, sans jamais se substituer aux espaces de transmission communautaires.

3. Limiter les effets de gentrification, de voyeurisme et de mise en danger

Rendre visibles des pratiques issues de résistances minoritaires comporte des effets de bord identifiés : gentrification culturelle, afflux massif de publics non concernés, voyeurisme politique ou mise en danger des communautés.

a. Gentrification des pratiques culturelles

La gentrification culturelle survient lorsque des pratiques issues de milieux populaires ou marginalisés sont extraites de leurs conditions sociales et politiques pour devenir des objets esthétiques valorisés par des publics dominants.

Pour en limiter les effets, Corps et Graphies :

  • refuse toute dépolitisation des pratiques mobilisées ;

  • rappelle systématiquement leurs conditions d’émergence ;

  • encourage le soutien aux collectifs, leurs campagnes  et lieux existants 

Les réflexions portées par le collectif Noyaux Durs, notamment dans leur intervention vidéo sur les effets de diffusion culturelle, nourrissent cette vigilance et orientent la construction de parcours d’allié·es responsables plutôt que de consommateur·ices de culture radicale.

b. Risque de surcharge et de voyeurisme

Rendre visibles des danses politiques peut entraîner un afflux de personnes vers des communautés qui n’ont ni le désir ni la capacité d’acculturer massivement des publics extérieurs. Cela peut produire des situations de voyeurisme, d’épuisement ou de déformation des pratiques.

Le collectif agit ici par :

  • La mise à distance explicite : les ateliers ne sont pas des invitations à « entrer » dans les communautés, mais à comprendre leur histoire.

  • Le refus de désigner des communautés comme objets d’observation ou de fascination.

  • La responsabilisation des participant·es sur leurs postures, attentes et projections.

c. Mise en danger politique et sécuritaire

Dans certains contextes, rendre visible le caractère politique de pratiques queer ou racisées peut exposer des personnes ou des groupes à des violences ciblées.

Corps et Graphies prend ce risque au sérieux, mais considère qu’il doit être mis en regard d’un danger bien plus grand : l’arrivée au pouvoir de forces politiques qui menacent directement la survie culturelle, juridique et physique de ces communautés. NOus travaillons actuellement à trouver la posture qui nous semblerait la plus appropriées via des entretiens 

4. Mise en perspective des risques et choix stratégiques

Les risques d’appropriation, de gentrification ou de maladresse existent et sont pris au sérieux par Corps et Graphies. Des politiques concrètes ont été mises en place pour les limiter, tout en restant ouvertes à la critique et à l’évolution des formats via des processus humain et digitaux

Cependant, ces risques doivent être mis en perspective avec un danger bien plus important : l’arrivée au pouvoir de forces d’extrême droite, dont les effets sur les cultures minoritaires sont documentés — violences accrues, invisibilisation, censure, expulsions et mises en danger physiques des personnes qui portent ces pratiques.

Dans cette logique, Corps et Graphies fait le choix stratégique de l’information, de la sensibilisation et de la mise en mouvement de personnes susceptibles de devenir des allié·es. Cette stratégie (questionable) s’appuie sur une démarche de recherche‑action : des questionnaires, des retours de terrain et des adaptations de formats permettent d’évaluer les effets réels des ateliers.

L’hypothèse centrale est qu’aider à comprendre les mécanismes et participer à la  légitimation des figures d’autorité artistiques peut favoriser des postures de solidarité et à minima de soutien plutot que de l’ignorance, de la paralysie ( je n’ose rien dire car non concerné), ou d’une inutile pénitence, 3 postures qui selon nous bénéficie à entériner les dynamiques actuelles de polarisation et de fascisation de la société . L’objectif n’est pas que tout le monde pratique, mais que davantage de personnes comprennent ce qui est en jeu et soient prêtes à se positionner en soutien lorsque des attaques politiques surviendront.

Interview radio sur martinique première

08/02/2026

Interview radio sur martinique première

Écoutez les interviews d'Antoine Delaunay Belleville sur Martinique Première

 


Dans la première interview, Antoine nous explique pourquoi il considère que la culture doit être accessible à tous, sans barrières :

"La culture, c'est quelque chose qui se vit. Ce n'est pas seulement quelque chose qui se regarde ou qui s'achète."

Il souligne également l'importance de se sentir libre de chanter et de danser ensemble, en dehors de toute pression sociale ou d'expertise. "C’est en dansant ensemble, en chantant ensemble, que ça donne envie aussi de porter des projets politiques plus loin."

 

Dans la seconde interview, Antoine parle de son travail dans l'association Corps & Graphies et de l'importance de l'engagement à travers des ateliers mêlant danse, musique et résistance civile.

"L'atelier est ouvert et c'est fait pour que les gens s'en emparent."

 

Écoutez les interviews complètes :

Enquête Corps & Graphie

04/02/2026

Enquête Corps & Graphie

Participer à l'enquête sur les menaces qui pèsent sur la culture

 

À la suite de la première enquête sur l'impact de l'extrême droite sur la culture, nous souhaitons désormais comprendre de manière plus détaillée les perceptions du danger, les situations rencontrées et les solutions mises en œuvre ou envisagées dans le milieu artistique. Cette enquête se construira en trois étapes : une série d'interviews en ligne, un questionnaire quantitatif, et enfin une rencontre pour partager les résultats et co-construire des actions concrètes.

 

Chez Corps et Graphies, nous croyons fermement que l’histoire, en particulier l'histoire collective mise en mouvement, peut éclairer les luttes d’aujourd’hui et de demain. À travers cette démarche, nous souhaitons apporter du lien, de la visibilité et des solutions concrètes à celles et ceux qui se sentent isolés face à des défis complexes.

 

Les trois étapes de l’enquête

 

  1. Les interviews avec des professionnels

    Le premier volet de cette enquête consiste en des interviews qualitatives réalisées avec des artistes et des professionnels de la culture, tels que des professeurs et des intermittents. L’objectif est de documenter des situations concrètes : interdictions, pressions, intimidations, tentatives de récupération idéologique, pertes de lieux, etc. Ces témoignages, souvent isolés, seront partagés afin de donner une voix à ceux qui se sentent parfois invisibles.

  2. Le questionnaire quantitatif

    La deuxième étape sera un sondage plus large, qui touchera environ 100 professionnels du secteur artistique. Ce questionnaire permettra de recueillir des données plus représentatives et de mieux comprendre l’étendue des perceptions et des situations vécues à travers la France.

  3. La rencontre entre professionnels

    Enfin, nous organiserons une rencontre pour permettre aux participants de l'enquête de partager leurs expériences, d'échanger des solutions et de travailler collectivement dans un espace sécurisé. Cette rencontre se veut avant tout un lieu d'entraide et de solidarité. Elle pourra se dérouler en présentiel ou en ligne, selon les contraintes sanitaires et les préférences des participants.

 

 

Un livret pratique pour agir collectivement

 

À l’issue de cette enquête, nous produirons un livret à destination des professionnels des arts et de l’éducation artistique. Ce guide pratique proposera des outils concrets pour :

  • Réagir face à des propos ou comportements problématiques dans un cours ou un espace public.

  • Lutter contre le cyber-harcèlement.

  • Éviter les formes de récupération ou de "blanchiment" politique.

  • Se protéger collectivement en cas de menaces.

 

L’objectif est de fournir des solutions pragmatiques et accessibles, afin d’éviter toute posture héroïque et de se concentrer sur des actions réalisables et soutenues par des ressources collectives.


Des solutions pour se mettre en mouvement

 

Nos hypothèses sont les suivantes :

  • Beaucoup de professionnels, artistes et enseignants, se trouvent isolés dans des situations complexes, mais n’osent pas les partager, pensant être les seuls à les vivre.

  • Certains pensent que ces menaces ne peuvent pas les atteindre en France, et que cela ne concerne que les autres, mais pas eux.

  • D’autres ont déjà commencé à se mobiliser et ont proposé des pistes concrètes d’action, mais se sentent incapables d’agir seuls.

 

Nous, à Corps et Graphies, souhaitons briser cet isolement et offrir des moyens de résistance collective. En publiant cette enquête, nous mettrons en lumière les actions déjà mises en place et ouvrirons la voie à d’autres initiatives. Ce sera l’occasion de donner plus de visibilité à ce qui peut être fait pour défendre la culture et la liberté d’expression artistique.


Comment participer ?

 

Si vous êtes un professionnel de la culture, un artiste ou un enseignant, nous vous invitons à participer à cette enquête.

Vous pouvez

  • Répondre à notre questionnaire
  • Nous faire part de votre expérience à travers une interview
  • ou participer à notre rencontre.

 

Pour cela, il vous suffit de nous contacter à l'adresse suivante : camillepertuis@riseup.net

 

Les résultats de cette enquête serviront de base pour des actions concrètes et des outils pratiques que nous partagerons avec vous pour vous soutenir dans la défense de vos droits et de vos pratiques artistiques. Ensemble, faisons entendre notre voix et construisons une culture libre et inclusive.

 


 

EN RÉSUMÉ 

 

 

 

Rester informé des suites de cette enquête :

 

N’hésitez pas à partager cette enquête avec vos réseaux en relayant notre post insta !



Cultures en luttes antifascistes

30/01/2026

Cultures en luttes antifascistes
Interview Danse Rebelles, TV Martinique 1ère

08/01/2025

Interview Danse Rebelles, TV Martinique 1ère
Table ronde : Artiste engagé aujourd’hui ça veut dire quoi ?

17/07/2024

Table ronde : Artiste engagé aujourd’hui ça veut dire quoi ?

Dans le contexte politique et culturel actuel, à quel endroit se situe l’engagement pour les artistes : dans le contenu des œuvres, dans l’éthique de travail, dans le choix des réseaux et des lieux dans lesquels on s’ancre, ou encore dans la relation aux institutions ?
A t’on le choix de décider pour qui l’on joue, qui nous rémunère, de qui on se rend dépendant ? Et qu’est ce que cela engage comme courage politique ?

 

Invités :

- Marien Guillé, poète de proximité

- Annabel Reid, danseuse chorégraphe et membre du réseau Récréation

- Guillaume Forestier, danseur chorégraphe

- Zoé et Sarah, du collectif Corps et Graphie

- Pina Wood, dramaturge et poétesse

Kit de résistance culturelle

17/06/2024

Kit de résistance culturelle
La danse ou le corps militant, Magazine Biocoop

14/04/2024

La danse ou le corps militant, Magazine Biocoop

« Beaucoup de joie, et même de l’euphorie. » C’est ce que procure la danse à Tinou, facilitateur en intelligence collective de métier et grand habitué des dancefloors. « C’est aussi parfois presque méditatif, tu es vachement connecté à toi-même quand tu danses. » La liste des mérites de la danse est infinie. Elle permet de se réconcilier avec son corps, d’apaiser son esprit, de libérer son énergie, de gagner en estime de soi, d’exprimer sa créativité et ses émotions. Vous en voulez encore ? 75 % des Français la considèrent comme un bon moyen de faire des rencontres (étude OpinionWay, 2016). C’est en effet un outil pour sortir de l’entre-soi en rapprochant les personnes les plus diverses, dans les fêtes, les cours, les salles de spectacle, dans la rue, sur les réseaux sociaux. Et cet outil est de plus en plus utilisé dans les mouvements sociaux et par les défenseurs de l’environnement pour toucher au-delà du cercle militant. Telle Camille Étienne qui, à peine connue en 2020, poste sur le Web la vidéo Réveillons-nous : dans un paysage de montagnes enneigées, elle déclame un texte sur l’urgence climatique. À ses côtés, Léa Durand la soutient avec sa chorégraphie. L’ensemble prend aux tripes, fait le buzz et est vu plusieurs millions de fois.

 

Au service de luttes

 

Dans sa longue histoire, la danse a souvent été au service de luttes. La capoeira, par exemple, est une sorte d’art martial utilisé au XVIe siècle au Brésil par les esclaves africains pour se libérer de l’oppresseur. En France, en 1940, quand Vichy interdit les bals populaires, des arrière-salles de café ou des granges se muent en dancings clandestins, parfois fréquentés par les maquisards. À Los Angeles au début des années 2000, en réaction à la violence dans les quartiers et pour changer l’énergie négative en positive, comme le hip-hop à ses débuts, des jeunes inventent un langage chorégraphique, le krump.

 


Avec La danse Serpentine de Loïe Fuller, le chorégraphe Jérôme Bel interroge la place de la nature dans l’art.

« La machine à tout commercialiser et à tout dépolitiser a transformé des danses éminemment résistantes en truc joli », estime Tinou. Ce militant de l’écologie et des droits humains a décidé d’inverser cette tendance avec le collectif Corps et Graphies 2028. Las de constater que « les discours simplistes, complotistes ou sensationnalistes marchent mieux que les arguments chiffrés », il a monté un atelier-spectacle dans lequel il fait danser le public. « Les gens s’intéressent moins aux chiffres du Giec qu’à des récits qui touchent leurs émotions. Alors on joue avec celles produites par la danse, le chant pour les sensibiliser. »

Faire vivre des « expériences créatives et émotionnelles artistiques » fait aussi partie du projet du Bruit qui court, un collectif de 50 « artivistes » (activistes et artistes, professionnels ou non) et sa communauté d’environ 200 personnes qui s’engagent pour une société écologique et solidaire avec la conviction que l’art peut accompagner des changements profonds. Déambulations, performances…, ils investissent l’espace public dès que possible. Notamment avec Résiste, leur chorégraphie poignante pendant laquelle ils « vivent l’urgence écologique dans leur corps », selon Zoé Reverdy, étudiante artiviste, qui poursuit : « La danse permet de ressentir le collectif. On est à l’unisson, c’est fort. Souvent, les spectateurs nous disent avoir été émus. »

 

Un monde désirable

 

Photo : Thibaut Manent

Parmi les émotions véhiculées, il y a donc la joie, indispensable outil de mobilisation. « Ce n’est pas facile de lutter. Si tu ne proposes que de distribuer des tracts sous la pluie, ce n’est pas très motivant », ironise Tinou. À l’inverse, il raconte comment il a vu la danse remettre du baume au cœur à des participants « traumatisés par la violence » de la manifestation contre les mégabassines en 2023. « Ils ont pu repartir sur une note positive », assure-t-il. La joie cimente les liens, adoucit les angoisses, redonne de l’élan. Elle favorise la création. La performance Résiste est née du travail collectif d’artivistes, danseurs, militants, graphistes, architectes. Pas besoin d’être professionnel pour faire passer un message fort, sensible, qui donne envie d’agir. « On ne veut pas juste déconstruire ce qui nous paraît problématique, explique Zoé Reverdy. C’est essentiel de mettre de la joie dans nos actions pour apporter de nouveaux imaginaires. »

 

Le rêve d’un monde plus désirable n’est pas que celui des activistes croisés dans les manifestations, les festivals. C’est aussi celui du chorégraphe professionnel Jérôme Bel. « Mon travail a toujours été critique, mais face à l’ampleur de la crise écologique, je suis devenu militant. En tant qu’artiste, c’est mon rôle de rendre sensibles et intelligibles certaines choses difficiles », dit-il. Sa compagnie ne prend plus l’avion, il soutient financièrement des mouvements de désobéissance civile, etc. Avec Danses non humaines, une sorte de conférence dansée conçue avec l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual, il fait entrer l’écologie dans des lieux habituellement réservés à la culture. Il s’appuie sur des pièces de Loïe Fuller, Isadora Duncan ou encore Pina Bausch pour interroger la place de la nature dans le répertoire. Et conclut que le plus souvent l’humain l’utilise pour se valoriser, sans la considérer. « Je convoque mes collègues passés et présents afin d’essayer de comprendre comment ils ont produit cette culture dont nous héritons et qui, d’une certaine manière, nous a conduits à la situation catastrophique actuelle », commente-t-il.

À elle seule, la danse ne sauvera pas le climat, mais elle participe à la prise de conscience dans un joyeux partage de plaisir. C’est un premier pas.

 

Joie contagieuse

 

Selon Zoé Reverdy du collectif Le Bruit qui court, c’est un des nombreux atouts de la danse : elle produit des images puissantes qui circulent dans tous les milieux et montrent que la lutte n’a pas besoin d’être morose pour être efficace. L’année dernière, Mathilde Caillard, alias MC danse pour le climat, une militante pour l’environnement et la justice sociale d’Alternatiba Paris, a été critiquée pour avoir dansé dans une manifestation contre la réforme des retraites. Sa performance, jugée inutile, pas sérieuse pour certains, aurait dépolitisé le combat pour d’autres. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit : reprise par la presse et les réseaux sociaux, elle a mis un coup de projecteur sur ses revendications. Elle a même touché des adversaires politiques de la députée pour qui la jeune femme travaille en tant qu’assistante parlementaire, a-t-elle confié sur les ondes du Mouv’ en juillet 2023.


 

Photo : Thibaut Manent
La danse, l’étincelle des révolutions, Reporterre

07/08/2023

La danse, l’étincelle des révolutions, Reporterre

Le vent glacial s’engouffre entre les toiles du chapiteau. Mais sous la voûte, l’atmosphère est brûlante. Lunettes futuristes sur le nez, Tinou, du collectif « Corps & Graphie 2028 », se déhanche face à une cinquantaine de spectateurs.

« On va faire un pas très simple, propose-t-il à l’assemblée debout devant lui, mi-curieuse mi-gênée. Pied droit en avant, on revient ; pied gauche en avant, et on revient. »

 

Sous le chapiteau, les chorégraphes activistes incitent les participants à se déhancher. © David Richard / Reporterre

La musique délie peu à peu les muscles. Les visages se détendent, les épaules roulent, les hanches glissent. Même les plus timides se laissent prendre au jeu, abandonnant leurs pulls et les gradins pour rejoindre la scène.

Tinou mime une démarche snob, vite suivi par les autres. « C’est du cake-walk : une danse utilisée par les esclaves pour se moquer des maîtres qui dansaient le menuet, explique-t-il tout en ondulant. La danse, c’est de la politique ! »

« La danse, c’est de la politique ! »

Le trentenaire, qui se dit « faché-anxieux », a créé ce spectacle de « Résis’dance » en 2022, peu après les élections présidentielles. L’idée : initier le maximum de personnes aux pas qui ont, historiquement, fait bouger les mentalités et régimes politiques.

Lors de sa présentation aux rencontres écologistes des Résistantes, qui se tenaient début août sur le plateau du Larzac, le spectacle a fait un carton.

 

Petits et vieux, showmen assurés ou valseurs du dimanche, tous ont pu apprendre quelques pas de twist — dansé par les militants pour les droits civiques aux États-Unis —, ou reprendre la chorégraphie d’« Un violador en tu camino » (« Un violeur sur ton chemin »), créé en 2019 par le collectif chilien Lastesis pour dénoncer les violences patriarcales.

Ces moments de liesse sont vitaux pour le militantisme, selon Tinou et ses acolytes. « Danser, ça permet de ramener de la joie dans les milieux militants, de ne pas être uniquement plombée par l’actualité », dit Manon, l’une des animatrices du spectacle. « Ça remotive », abonde sa camarade Clara.

 

La danse fait partie de l’histoire des mouvements sociaux à travers la planète. © David Richard / Reporterre

« C’est difficile, la lutte, dit Tinou. Mais par la danse, la joie, on vit des moments incroyables. » Le jeune homme évoque, en exemple, son expérience lors de la manifestation de Sainte-Soline contre les mégabassines, marquée par une forte répression policière : « On s’est fait tabasser la gueule. Le soir, on a fait une grosse teuf reggaeton [une danse latino-américaine]. »

« Je suis reparti traumatisé, mais content quand même », raconte-t-il. « C’est hyper important, la teuf [fête]. Il y a des combats qui foirent car la cantine ou la teuf ne sont pas au point. »

« Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma révolution »

Le lien entre danse et militantisme ne date pas d’hier. L’histoire d’Emma Goldman, évoquée par la journaliste Iris Derœux dans une enquête de la revue La Déferlante sur le sujet, en témoigne. En 1931, alors qu’elle profitait à plein d’une fête, l’intellectuelle et anarchiste russe a été rappelée à l’ordre par un camarade, qui lui a susurré à l’oreille que sa « frivolité nui[sai]t à la cause ».

Goldman lui a répondu qu’il était « inconcevable qu’un bel idéal comme l’anarchisme puisse exiger le refus de la vie, de la joie ». De cette anecdote a été tirée un slogan, aujourd’hui repris à l’envi dans les cortèges : « Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma révolution. »

 

Du twists à des mouvements plus acrobatiques, les possibilités de s’exprimer en dansant sont légion. © David Richard / Reporterre

Cette idée est incarnée — entre autres — par les Rosies, un collectif féministe formé au sein de l’association Attac en 2019, également présent aux rencontres des Résistantes. Ses membres, reconnaissables à leurs bleus de travail évoquant la tenue de l’icône étasunienne Rosie la riveteuse, sont connues pour enflammer les manifestations avec leurs détournements de chansons et chorégraphies entraînantes.

« On peut lutter en chantant, pas qu’en subissant, assure l’une d’entre elles, Ileana Berteau. On n’est pas obligés d’aller à l’enterrement de nos croyances. Avec les Rosies, on danse nos espoirs. »

 

Couplets remixés

 

Sous un barnum couleur sable régulièrement balayé par la pluie, l’antenne aveyronnaise du collectif tente de former une trentaine de curieux à leur méthode. L’air de « Marcia Baïla » des Rita Mitsouko, fuse d’une sono. Assis en tailleur à même la paille, des petits groupes sont chargés d’en réécrire les paroles, en y accolant des mouvements évocateurs.

Six femmes se marrent dans un coin. Sous leur plume, le premier couplet de la chanson s’est transformé en joyeuse diatribe contre le patriarcat, mimé par une potence. « On était toutes d’accord que c’était le bon geste », rit Elsa [*], 41 ans.

Dans les champs ou sous les chapiteaux, la danse se retrouvait aux quatre coins des Résistantes. © David Richard / Reporterre

Autour d’elle, ça sautille, ça tape du pied, ça tourne, les bras en l’air, en dessinant les vagues dans les airs. Il flotte dans l’air un nuage d’allégresse. Peu à peu, une chorégraphie commune prend forme.

« Quand on danse, on est ensemble. C’est ça, la lutte, sourit Jo, pétillante septuagénaire aux oreilles ornées d’énormes cœurs jaune. Ça permet de lâcher toute la colère qu’on a, et de la transformer en énergie positive pour permettre la suite. »

 

« J’avais besoin d’activer quelque chose, de l’optimisme »

 

Pour certaines, les chorégraphies des Rosies ont permis d’effectuer un premier pas vers le militantisme. Nathalie, l’une des animatrices de l’atelier larzacien, raconte par exemple avoir rejoint Attac après les avoir découvertes ; d’autres, comme Manuela, expliquent y avoir puisé l’énergie pour enterrer leur désespoir. « Les premières manif’ du mouvement pour les retraites, ça ressemblait à un défilé mortuaire, ça me minait. J’avais besoin d’activer quelque chose, de l’optimisme », se souvient-elle.

Également présente à l’atelier des Rosies, Louise, 26 ans, confie avoir eu le sentiment d’y trouver une famille militante : « Je vais souvent manifester seule. En passant à côté d’elles, j’ai eu l’impression de leur appartenir. La danse, ça fédère énormément. »

«  C’est hyper important, la teuf, affirme Tinou. «  Il y a des combats qui foirent car la cantine ou la teuf ne sont pas au point.  » © David Richard / Reporterre

La preuve : après deux heures à chanter, taper des mains et battre des pieds de manière synchronisée, des liens se tissent entre les personnes présentes à l’atelier. « J’ai passé une super après-midi avec Louise que je viens de rencontrer », rigole Elsa en lui donnant un coup d’épaule complice.

« Ce n’est pas un corps qui danse, c’est un groupe »

« Danser, ça crée des liens moins restreints que ceux du travail, observe Ileana Berteau. Tout seul, c’est très dur de lutter, en tant que femme particulièrement. Ensemble, on se sent plus fortes, plus légitimes. Ce n’est pas un corps qui danse, c’est un groupe. »

Au point qu’il semble difficile, au terme des répétitions, de séparer les danseurs. Sous le barnum, les chorégraphies s’enchaînent, faisant voleter des brins d’herbe dans l’air. Un sentiment d’euphorie s’empare des corps. La musique s’estompe à peine qu’on entend déjà crier : « Allez, on recommence ! »

 

5 manières de danser pour résister

10/07/2023

5 manières de danser pour résister

Lors des manifestations contre la réforme des retraites au printemps dernier, une membre de l’association Alternatiba n’a pas laissé le cortège indifférent : Mcdansepourleclimat aka Mathilde Caillard toute de noire vêtue et lunettes de soleil ambiançait la foule derrière un char techno en scandant un remix techno aux paroles évocatrices “Taxer les riches !”

 

Critiquée à la fois par les personnes de son camp et ses détracteurs, elle a pourtant remporté un fort succès et sa vidéo est devenue virale en quelques jours réveillant un vieux débat, est-ce que lutter et danser sont deux activités incompatibles ? L’une serait “sérieuse”, l’autre de l’ordre du “divertissement”.  Sa réponse ? : “La danse est un vaisseau idéal pour exprimer cette joie militante fédératrice. La danse est un moment où l’on se redonne de la force, où l’on fait corps ensemble.”

 

Ça n’est pas un phénomène nouveau : la danse a toujours rimé avec résistance. En témoigne cette vidéo de l’Ina retraçant l’histoire de la danse au sein des luttes sociales en France. 

 

Et les Français n’ont rien inventé : cela fait un moment que les minorités, à travers les luttes féministes, antiracistes se sont emparées de ce médium artistique comme outil de revendication, de lâcher-prise, et de réappropriation des corps et de l’espace public. 

 

Bref, la danse, la joie, sont de puissants leviers d’action pour faire passer des messages, nourrir les luttes et se régénérer. Petit tour d’horizon des danses qui riment avec résistance. 

 

Toutes les danses de résistance 

 

De fait, beaucoup de danses sont nées dans des endroits de revendications : le waacking, une danse de club née dans les années 70 à Los Angeles a été créé par des minorités queers africo-latino. Le voguing, danse de “ball” qui pastiche les défilés de mode et les magazines de luxe, est né à New-York dans les années 80 au sein des communautés transgenres africo-latino-américaines (voir l’excellent documentaire “Paris is burning”). Le Krump, alternative à la danse hip hop habituelle, lui, est né dans les quartiers défavorisés de Los Angeles. Sans oublier la Capoeira imaginée dans les quartiers pauvres Brésiliens… Bref, sans partir sur un cours d’histoire, ces danses éclosent souvent de l’envie d’exprimer par le corps les oppressions et les discriminations dont sont victimes des minorités. 

 

Dans un autre mouvement, des versions “queers” de danses réputées comme “normées” émergent aussi : c’est le cas par exemple du queer tango, du queer bachata ou encore de la queer salsa qui cassent les codes binaires “homme-femme” et réinventent des manières de danser plus fluides. 

 

Ce collectif a été créé en 2021 par cinq amis danseurs et danseuses pour la création d’une pièce chorégraphique : Écume. Ses membres, tous jeunes, mêlent art et militantisme, poésie et politique en faisant des lieux publics leur terrain de jeu. Ils y jouent leurs chorégraphies et formes artistiques au format hybride. Pour lutter contre le gigantesque projet mortifère de Total en Ouganda, EACOP, des danseurs et danseuses en rouge et noirs ont délivré une chorégraphie puissante. Un mode d’action répété à l’occasion de la lutte contre Deep Sea Mining à Lisbonne, ou place de la République pour la Marche pour le Futur, etc. 

 

Récemment, le collectif a réalisé un performance Magma à Paris au sein de l’Académie du Climat. Après avoir réalisé un teaser vidéo où on les voit danser dans une forêt, l’équipe a organisé une marche dansée et costumée entrecoupée de chants, de concerts et de banderoles ”On ne tait pas un peuple qui danse”, et de danse qui a marqué les esprits. Un groupe de danseurs et danseuses maquillés et vêtus de bleu offraient un incroyable spectacle tandis que des chars diffusaient de la musique pour que chacun puisse s’y donner à cœur joie. 

 

Mélanger jeu de rôle, danse, et résistance lors d’un atelier de deux heures ? C’est le pari réussi de Corps et graphies qui projette ses participants en 2030, dans un monde rétro-futuriste pas si lointain, aka 2028, où Marine Le Pen aurait pris le pouvoir. Comment résister et danser dans un monde qui limite la liberté de mouvements et des corps ? Les participants sont embarqués dans une histoire dont ils sont les héros et où chaque choix peut les mener vers plus d’oppression ou plus de liberté… L’occasion de réviser l’histoire des luttes et des danses, tout en s’amusant et en apprenant les basiques du queer tango, du krump ou encore du voguing.  

 

À Arles en août 2022, 150 “artivistes” accouchaient après une semaine de résidence d’une première performance dansée alertant sur les dangers du réchauffement climatique en août 2022. Un mélange de danse, de théâtre de rue qui avait marqué les esprits. Depuis, ce collectif s’empare de sujets comme la fast fashion avec une performance la veille du Black Friday en novembre 2022 dans le Centre Commercial des Halles avec plus de 1 500 kilos de vêtements, ou encore pour alerter sur les dérives de l’organisation de la coupe du monde au Qatar sur la place de la République à Paris à grand renfort de peintures rouges. 

 

La Booty Therapy comme son nom l’indique revendique une libération des émotions et du corps par… le mouvement des fesses. Mélange de twerk, un dérivé du mapouka ivoirien, danse traditionnelle de transe dans laquelle on célèbre la déesse de la fertilité et de danses africaines. Des performances dans l’espace public permettent aux femmes de se réapproprier leur corps, de s'émanciper du regard des autres et de booster leur estime d’elles-mêmes. Si cette danse se veut “thérapie”, des  démonstrations dans les espaces publics permettent aussi de lutter pour la représentativité des corps. 

 

La marche des fiertés (et les soirées queers en général)

 

La marche des fiertés est née suite aux émeutes de Stonewall à New York en 1969, quand la police a fait une descente dans un bar gay. Pour se rebeller contre cette injustice, un mouvement spontané et festif né dans les rues. Chaque année, en juin, partout en France et dans le monde, fleurissent des défilés aux couleurs arc-en-ciel. L’occasion pour les LGBTQIA+ de marcher dans les rues, de danser, faire la fête pour se visibiliser dans un espace où ils et elles sont régulièrement discriminés. 

 

Résumé en trois pas de danse

 

La danse a toujours été un outil puissant de résistance et de revendication, notamment pour les minorités. Elle permet d'exprimer des oppressions et de revendiquer des droits tout en utilisant le corps et l'espace public.

 

Parmi les danses de résistance…

 

  • Waacking : Né dans les clubs de Los Angeles dans les années 70, ce style a été créé par des minorités queers africo-latino.
  • Voguing : Danse parodique des défilés de mode, née dans les années 80 à New York au sein des communautés transgenres africo-latino-américaines.
  • Krump : Une alternative au hip-hop traditionnel, développée dans les quartiers défavorisés de Los Angeles.
  • Capoeira : Art martial brésilien qui combine danse et lutte, né dans les quartiers pauvres du Brésil.
  • Booty Therapy : Cette danse, mélange de twerk et de danses africaines, revendique la libération des corps et des émotions, permettant aux femmes de se réapproprier leur corps dans l'espace public et de lutter pour leur représentativité.